Pavillon Rouge => Chronique du CD « Solemth Pervitine » & Interview

Groupe: Pavillon Rouge
Chronique du CD « Solemth Pervitine » et interview

Genre: Post Apocalyptic Industrial Black Metal

Liens divers

http://www.myspace.com/pavillonrougetheband

http://www.facebook.com/#!/pages/Pavillon-Rouge/239378202784421

http://www.reverbnation.com/pavillonrouge

Line Up

Membres
Kra Cillag : Voices
YVH : Guitar/Voices
E.Shulgin : Bass
Sorthei : Drums
Mervyn : Guitar/Programming

Discographie

Mizuage mini CD (2008) (Chronique Mizuage by Moonlight666)
Solemth Pervitine(2011)

Chronique du CD « Solemth Pervitine »

Voici les grenoblois de retour. J’avais eu l’honneur de chroniquer leur mini-cd il y a quelques années et voici donc leur nouvelle livraison.

Bien entendu il n’y a plus de surprise, le style musical reste sensiblement identique. Cependant peu de monde a eu l’occasion de jeter une oreille sur ce groupe, cela restera donc une découverte pour bon nombre de personnes.
Une sorte de métal mixant des éléments un peu black métal (le côté extrême, rapide) avec le métal industriel notamment via de nombreux nappes de synthé adoucissant l’ensemble et s’équilibrant avec le côté puissant et les quelques mélodies. Mélange original et bien dosé. Le groupe a vraiment SA particularité et c’est déjà un bien bel effort d’accompli.

Le changement de chanteur me dérange un peu. C’est-à-dire que j’aimais beaucoup le chant du chanteur de Sybreed, le nouveau est un peu dans la même veine mais je trouve ça un peu moins percutant, cependant cela s’estompe au fur et à mesure des écoutes et on s’y fait très bien.
Le chant est en français, cela donne une dimension assez nouvelle et particulière une fois de plus. Rare sont les groupes qui arrivent à bien faire sonner la langue de Molière et eux le font assez bien, il faut l’avouer.

Il faut une certaine ouverture d’esprit pour pouvoir apprécier ce cd à sa juste valeur, il faut également répéter les écoutes. Difficile de tout assimiler rapidement, de digérer cette puissance, ce déluge.

Difficile de mettre des mots sur de la musique, en tous cas j’aimerais bien voir le rendu live de tout cela. Et j’invite le groupe à continuer à explorer son univers graphique fort intéressant et personnel, une fois de plus.

Si cette chronique vous a donné l’eau à la bouche, il y a des liens ci-dessus pour écouter quelques morceaux, et une interview ci-dessous pour avoir un peu plus de détails.

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Interview Pavillon Rouge

Avril 2012, réponses de Mervyn (interview par mail)

– Il y a eu un délai de 4 ans entre la sortie de l’EP et cette sortie d’album, que s’est-il passé entre temps?

Notre chanteur de l’époque a du se consacrer entièrement à Sybreed, son autre groupe, qui lui demandait beaucoup de temps comme on peut s’en douter. On a pourtant continué à composer, on a trouvé un bassiste et un pote en la personne de E.Shulgin, puis Kra Cillag, le chanteur de Crystalium nous a rejoints. On a mis pas mal de temps à se connaître, à définir le style qui relierait nos personnalités complètement opposées, puis à le forger… Ce long temps de préparation de l’album nous a parallèlement permis de devenir un « vrai » groupe, apte à jouer sur scène, ce qui n’était pas le cas à l’époque de Mizuage. Nous avons donc fait notre première vraie scène, à Lyon, peu de temps avant la sortie de l’album.

– Quels ont été les différents retours, expériences liées à cet EP ?

Les retours ont été meilleurs que ce à quoi on s’attendait… Nous étions persuadés que nos références japonisantes et notre côté « Indochine-metal » susciteraient le dégoût du metalleux moyen, mais on s’est aperçus que le milieu metal avait largement évolué, et qu’il s’ouvrait à d’autres styles. On a donc eu la surprise de voir de purs black metalleux adhérer à notre zique, et d’avoir des chroniques élogieuses sur des zines réputés pour leur extrêmisme… Mais cet EP nous a surtout permis de rencontrer les gens qui ont eu un rôle primordial dans la conception de l’album : notre bassiste et notre chanteur actuels, le mec de notre label, et Malavita, l’artiste qui a fait la pochette de Solmeth Pervitine. Tous ont adoré l’EP, et ont donc été embarqués dans le délire.

– Est-ce plus compliqué d’écrire les textes en français ? Qu’est ce qui a motivé ce choix ?
Vous êtes vous « forcé » à le faire, une réelle volonté ?

Pour des raisons très variées, nous avons choisi le français. Perso, dès le début du groupe je voulais des textes en français, car le projet était de s’inspirer à fond du Indochine des 80s pour tout ce qui était de l’ordre du concept et du visuel. Et quand notre chanteur actuel est arrivé, il était aussi naturel pour lui de chanter en français, notamment pour les sonorités rocailleuses et agressives de cette si belle langue. Il chantait déjà en français dans son ancien groupe Crystalium, et cela donnait une puissance incroyable à leurs chansons.

Sur Solmeth Pervitine, c’est surtout pour cette puissance que nous avons choisi le français. Le risque, en chantant en français, serait de tomber dans le délire romantico-aristocratico-chiant présent chez beaucoup de groupes de black, mais la façon de chanter et déclamer de Kra Cillag nous protège largement de cet écueil.

Enfin, nous ne voulions pas de la langue anglaise, de toute façon, qui est beaucoup trop neutre, limite insignifiante, ce qui ne colle pas du tout avec nos types de vocaux.

– « Sadist Sagitarius » est en anglais par contre, pourquoi ce morceau différent au milieu de l’album ?

Ce titre est une reprise de Cinema Strange, un groupe culte de batcave, on était donc bien obligés de le laisser dans sa langue d’origine, ça aurait fait sacrément con si on avait traduit les paroles en français!

C’est vrai que le morceau est assez différent des autres, mais justement, il créé une bascule dans l’album, et lui évite d’être trop compact et homogène. Quoiqu’il en soit j’adorais ce titre depuis des années, et j’ai été particulièrement heureux du message de Lucas Lanthier (chanteur de Cinema Strange) nous disant qu’il préférait limite notre version à la leur!

– Le line-up a-t-il changé ? Est-ce censé être stable ?

Il y a eu le changement de chanteur dont j’ai parlé, puis la famille s’est agrandie, et, de simple projet studio, nous sommes devenu une véritable entité scénique. Il suffit d’écouter l’album pour comprendre que cette équipe est la bonne, et nous n’envisageons pas de nouveaux changements de line up.

– Quelle est la direction future du groupe ? Je suppose que vous n’allez pas rester exactement dans la veine du premier album, mais faire évoluer cette musique au fur et à mesure, quitte à surprendre une nouvelle fois ?

Le prochain album sera beaucoup plus varié en termes de tempo, et plus cohérent au niveau de l’atmosphère générale. L’aspect dancefloor et les beats seront toujours présents, plus puissants que jamais… mais les sons seront plus mystiques (sans jamais, évidemment, tomber dans un délire chiant et pompeux). Pour ce prochain opus, on se fixe le défi d’être à la fois mystiques et catchy… Nous avons également deux morceaux qui ont été enregistrés, mais qui ne figurent pas sur Solmeth Pervitine, l’un est très indus, l’autre pourrait être défini comme du Sister of Mercy couillu, peut-être les sortirons-nous sur un spilt ou un mini CD, car ils risquent fort de détonner sur le prochain album.

– Pourquoi n’avez vous pas développé votre univers graphique ? On sent qu’il y a du potentiel, entre la très belle pochette de l’EP, certains éléments de l’album, mais finalement l’objet en soit est plutot sobre, ce qui m’a un peu surpris ?

Nous considérons l’aspect visuel comme très important, et nous avons la chance d’avoir Malavita, un excellent graphiste qui adhère complètement à notre trip et qui sait ce que nous voulons. Certaines chansons ont d’ailleurs été inspirées par le visuel qu’il a fait pour notre pochette (qui était conçue avant même que la totalité des chansons ne soit composée!). Si le livret est relativement sobre, c’est pour mettre ce visuel à l’honneur et ne pas en faire trop. J’ai toujours préféré les livrets d’album relativement sobres et dépouillés. Pas non plus comme un album d’AC/DC, n’exagérons rien, mais plutôt comme celui de Nevermind, qui installe un univers, avec une esthétique très marquée, collant parfaitement à la musique, quelques photos du groupe et c’est tout… Pour moi, l’horreur ultime c’est les livrets de 40 pages, comme ceux de Rhapsody, où t’as l’impression de lire une BD, avec les musiciens qui apparaissent comme des super-héros à la con, et une histoire dont personne n’a rien à foutre. Je préfère être dans le bon goût (enfin, selon mes critères personnels), le mystère et la suggestion plutôt que dans l’explicite puéril.

Notre univers graphique sera développé au fil des albums, nous ne voulons pas tout donner dès le premier!

– Est-il possible de trouver les paroles des chansons ?

Nous mettrons certains textes en ligne, si le goût nous en prend… les gens qui veulent vraiment savoir ce que gueulent Kra Cillag et YVH n’ont qu’à nous écrire pour nous les demander. Encore une fois, nous ne voulons pas tout donner d’un coup, et ne laisser aucune place au mystère et à la suggestion. En bon fande Crystalium, j’ai toujours apprécié le fait qu’une partie de leurs textes soit tenue « secrète », ça me permet de construire mon propre univers sur la musique du groupe, et j’espère que les gens qui apprécient Solmeth Pervitine feront de même.

– Quel est le concept global de l’album et/ou des morceaux ?

Je suis pas trop fan du mot « concept », qui me paraît toujours un peu pompeux pour un album de metal… Disons qu’au long de notre album affleure la tension entre les aspirations au ciel et les instincts terrestres, entre la pureté et le toxique… Cet antagonisme se retrouve certes dans les textes mais aussi dans la musique elle-même, où les beats bourrins cotoient les synthés aériens… On nous reprochera sans doute de ne pas nous la jouer « evil », de ne pas être assez « black metal » ou de ne pas nous faire l’éloge du Mal, mais tout cela paraît tellement crétin et puéril… J’ai beau chercher, je ne vois pas comment un groupe de metal ou de musique extrême peut être dangereux, je ne vois pas en quoi des mecs qui jouent de la gratte et qui gueulent dans des micros peuvent représenter une quelconque menace pour l’humanité… De toute façon, à partir du moment où tu empoignes une gratte pour jouer une mélodie, qu’elle soit dissonnante, atonale, ou que sais-je encore, tu es du côté de l’Harmonie et du BIEN. On est donc pas trop portés sur ces conneries de « evil attitude » (qui fait certes frémir les metalleux, mais qui fait rire les gens extérieurs au milieu). Nous nous contentons de décrire quelque chose qui fait vraiment partie de notre vie, le tiraillement entre le « haut » et le « bas ». Un thème qui a traversé les oeuvres de Baudelaire ou de Lautréamont, et que nous insérons dans le monde moderne.

– Où peut-on se procurer l’album ?

L’album est disponible chez Post Apocalyptic Music (il suffit de le commander sur le site, ou de nous écrire à : solmeth@gmail.com).

– Vos projets pour la suite ?

Des concerts en France et à l’étranger, un clip et de nouvelles chansons à venir très bientôt.

– Merci d’avoir pris le temps de répondre à tout cela ! Et bonne continuation! Un mot pour finir ? (carte blanche) 

J’espère sincèrement que le metal s’orientera vers quelque chose de plus trippé et de moins puéril, je pense que le trip « evil » a vraiment fait son temps, et ne fait peur qu’aux metalleux et à une infime minorité de cathos…

Merci à toi pour cette interview!

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